samedi 30 octobre 2010

EXPO - Arman ou "une critique expérimentale du tout-conso"

Le Centre Pompidou s'est toujours refusé jusqu'à présent d'accorder à Arman une rétrospective de l'artiste, ses oeuvres ayant été souvent jugées trop "commercial" du fait de sa production de bronze décoratifs, de trophées de golf..... Voilà qui est chose faite car le Centre Pompidou nous offre désormais cette rétrospective. Armand a toujours bénéficier d'une reconnaissance à l'international avec des expositions à Barcelone, Lisbonne, Rio, Tel-Aviv, Taiwan, Téhéran... et était reconnu comme l'artiste majeur du Nouveau Réalisme. Au fil des années de création intense - les "Accumulations", les "Colères", les "Poubelles", les "Coupes", les "Portraits-robots" ou les "Combustions", les oeuvres d'Arman parlent du rapport à l'objet qui change la définition classique de l'oeuvre d'art et ouvre de nouvelles perspectives ; celles des objets, des éléments de référence sociologiques centré sur la production des déchets des sociétés occidentales ; devenant les témoins du volume et de la consommation. Toutes les oeuvres de la période 1959-1964, sont le témoignage des changements de notre société de consommation. L'entreprise d'Arman consiste en une méthode expérimentale -multiplier, couper, casser, brûler...- à appréhender ce qu'est un objet et à atteindre par la multiplication de ce même objet l'instant où cet objet perd son identité -dimension, couleur, matière- et devient un simple composant indiscernable  et innombrable.
Arman ne reste pas sur les normes habituelles de l'histoire de l'art. Il refuse les notions classiques du rare et de l'unique. Il veut la répétition du phénomène, vérifier la force de ses oeuvres par le nombre et en découvrir progressivement les conséquences. Il utilise les rebuts de la société : vieilles poupées entassées dans une valise déglinguée, manomètres hors d'usage, brûleurs à gaz rouillés....des "objets-témoins de la vie et de la fin dernière des choses". Le XXème siècle fut celui de l'image, Arman démontre qu'il fut celui de l'objet.
Ce que je reconnais à l'art contemporain -malgré parfois la difficulté à l'appréhender- c'est que cet art interpèle. L'art contemporain ne recherche pas nécessaire la beauté esthétique. Il représente. Renvoie. Et interpèle... c'est tout du moins ce que j'ai ressenti à l'exposition d'Arman en circulant parmi les oeuvres des séries "Poubelles", "Accumulation", "Colère"... Une exposition que je conseille.

Quelques repères
1928 - Le 17 novembre, naissance d'Arman Pierre Fernandez à Nice,
1949 - Il s'installe à Paris pour étudier l'archéologie et l'art oriental à l'Ecole du Louvre,
1953 - Retour à Nice. Influencé par Serge Poliakoff et Nicolas de Staël, il peint des toiles abstraites,
1960 - Signature, avec Yves Klein, Martial Raysse, Raymond Hains, Daniel Spoerri, Jean Tinguely et Jacques Villegé, du manifeste fondateur de Nouveau Réaliste,
1967 - Arman entreprend une collaboration avec Renault,
1975 - Exposition "Objets armés" (1971-1974) au musée d'Art moderne de la Ville de Paris,
1998 - Rétrospective à la Galerie national du Jeu de Paume à Paris,
2005 - Le 22 octobre, Arman meurt à New York.

Arman vu par... Camille Henrot (artiste) - "Un désir collectionneur et meurtrier"
"Ce que j'aime surtout dans les "Accumulation" d'Arman, c'est l'idée de la disposition en spirale, de la corne d'abondance, de la masse qui tourne sur elle-même jusqu'au dégout. Je pense à un tableau de chasse où l'accumulation des même objets et leur disposition soignée, ce bel étalage, est révélateur d'un désir à la fois collectionneur et meurtrier. Il y a chez Arman une approche contextuelle (la critique de la société de consommation des années 1960) et la volonté de convertir son propos en figures qui transcendent la temporalité. Cette association du politique et du mythologique me semble encore pertinente aujourd'hui. Dans son oeuvre le Fétiche à clou, l'accumulation finit étrangement par humaniser l'objet... La sculpture semble se dresser contre un ennemi invisible et invincible, qui l'aurait défié: "Combien de revolvers sont-ils nécessaires pour me tuer ? J'aime aussi ses "Colères". Il y a toute l'ambivalence de notre relation à l'outil: l'objet est à la fois menaçant -quelque chose à détruire- et fragile -quelque chose à protéger-. L'objet est morcelé pour être rassemblé, c'est un procédé magique et amoureux, comme celui utilisé par Isis sur Osiris pour le rendre à la vie".

"Arman" au Centre Pompidou jusqu'au 17 Janvier 2010 -  www.centrepompidou.fr

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